Bon cette fois c'est la bonne, Alice, je le fais cet article, je le prépare depuis 3 jours au brouillon alors il est temps que je me jette à l'eau.
Tu vois j'ai trouvé quelques citations d'artistes, d'auteurs, avec lesquelles je suis parfaitement d'accord ; je sais que personne ne détient la vérité sur ce thème, je sais que c'est très personnel, mais je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'ils ont raison...
Je commencerais mon raisonnement avec la pensée de Rodin (sculpteur) : "Un art qui a de la vie ne reproduit pas le passé, il le continue". L'académisme est exactement le contraire de cette phrase, il ne continue pas le passé, il ne l'améliore pas, il ne le modernise pas, il le copie, et même pire, il le copie sans l'âme qu'il y avait dans les toiles de ce passé (entre autres la Renaissance). Tu vois, première démonstration, l'académisme (selon Rodin et moi) n'est pas un art qui a de la vie.
Petite parenthèse de connaissances indispensables:
L'Académisme provient de la création de plusieurs Académies dont celle des Beaux-Arts, créée en 1648 par Louis XIV. Donc, 17ème siècle, aube d'une fausse-nouvelle peinture. Quelques lois ont été établies au sein de cette Académie, dont celle dictant l'imitation des "anciens", ceux de la Renaissance (entre autres) période venant à peine de se clore. Cet "art" se ferme complétement dans la deuxième moitié du 19ème et devient un mouvement extrêmement fermé, bourgeois, très moraliste, et hypocrite par rapport à l'érotisme. L'Académisme devient alors une sorte de secte refusant d'évoluer, soutenu par le catholicisme et les bourgeois. Si au départ cet "art" pouvait rénover la peinture, faire un pas de plus dans l'histoire de celle-ci, il s'est finalement trompé de chemin et a pris la porte fermée. Les oeuvres qui ont été retenues de ce mouvement sont toutes situées dans le 19ème. Aucune, ou très peu, viennent des premières années de ce mouvement. Les "artistes" académistes ont eu plus de commandes à partir du moment où d'autres commençaient à les critiquer. Il fallait faire taire les "révolutionnaires" et rester dans cet "art" sage, catholique, où seuls les riches avaient leur place. L'Eglise étant toute puissante, beaucoup suivaient son avis. Mais finalement le Réalisme avec Courbet s'est opposé fermement à ces manipulations religieuses et même politiques, puis il y eut ensuite l'impressionisme d'où découlèrent plusieurs mouvements extraordinaires. L'Académisme, après être adulé, devint donc critiqué, boycotté, puis oublié.
Selon le Petit Robert 1, voici quelques définitions qui montrent la négativité du mouvement que tu adules.
- Académique (1839) : Qui suit étroitement les règles conventionnelles avec froideur ou prétention.
- Académisme (1876) : Observation étroite des traditions académiques ; classicisme étroit.
"On a parfois accusé Ingres d'académisme, sans comprendre son originalité profonde."
Il y a beaucoup de mots péjoratifs dans ces définitions pourtant objectives : "étroit", "accusé", "froideur", "prétention", "conventions"...
La parenthèse étant fermée, je me penche alors sur la dernière phrase, sur Ingres.Si l'on a "accusé" Ingres d'académisme, cela veut donc dire que l'Académisme est quelque chose de négatif, et la 2ème partie de la phrase sous-entend que l'originalité n'est nullement présente dans ce mouvement, et que finalement, il n'y a rien à y comprendre, tout est plat!
TOUT, dans les bases mêmes du mot, expliquent, montrent, révèlent la face péjorative de ce terme.
Deuxième démonstration, l'Académisme dégage un aspect négatif dès ses bases, dès le sens propre du mot, dès son étymologie.
Mais je ne vais pas faire l'hypocrite car j'ai aussi trouvé cela:
"Aujourd'hui, nous avons tous du génie, c'est entendu ; mais ce qui est sûr c'est que nous ne savons plus dessiner une main et que nous ignorons tout de notre métier" a écrit ce cher Auguste Renoir à Vollard. Que répondre à cela? (Je sais que tu vénères Renoir à cet instant précis ma poulette lol!)
Bon! Aujourd'hui, les artistes ne savent plus dessiner comme au temps de Michel-Ange...Oui, et NON! Car ils mettent leur talent au profit d'autre chose! Ils ne voient plus l'intérêt de dessiner parfaitement une main, ils cherchent quelque chose de plus fort qu'un parfait dessin. Et encore, je suis certaine que beaucoup savent extrêmement bien faire une main ou n'importe quelle autre chose, mais ils n'utilisent pas ce talent pour dessiner un corps parfait (PICASSO par exemple). Quant à l'affirmation d'après, veut-il dire qu'il regrette ce temps où les artistes apprenaient en atelier? Veut-il dire que les artistes ne connaissent aucune technique, n'ont aucune base...? Certainement que certains ont des bases en faisant des écoles d'art, surtout du temps de Renoir où tout était très conventionné. Mais finalement je ne vois pas trop ce qu'il veut dire. En fait, je crois que n'importe quel artiste d'hier et d'aujourd'hui, et même de demain ignorait, ignore, ignorera son métier, car finalement, qu'est-ce qu'il fait l'artiste? Peu de concret, beaucoup de rêves, beaucoup d'instinct. Qu'y a t-il à savoir à part s'écouter, à part être passionné? Des bases de techniques picturales que l'on peut apprendre en rentrant dans une école spécialisée.
Ce n'est même pas un métier en fait, tous les artistes le disent. C'est une passion dont on peut vivre.
Et puis, dernier combat, dernière bataille, très liée à la précédente avec cette représentation parfaite de la réalité. James Joyce résume ma pensée : "L'art ne doit nous révéler que des idées, des essences spirituelles dégagées de toute forme. Ce qui importe par-dessus tout dans une oeuvre d'art, c'est la profondeur vitale de laquelle elle a pu jaillir." Toi qui prônes la facture lisse, le dessin avant tout, avant même l'émotion présente ou non dans la toile, toi qui dis que l'art n'est que cela, que le reste se rajoute facultativement, lis bien la phrase de James Joyce : "dégagées de toute forme"! Des idées pures, la forme est secondaire, du moment que l'on ressente cette énergie vitale, ces émotions, ces sensations fortes que le peintre ou plus généralement l'Artiste est en devoir de nous donner (sinon ce n'est pas un artiste). Comment pouvez-vous tous dire que l'Académisme est de l'art lorsqu'on sait qu'il n'y a rien derrière, pas même d'émotions, juste une volonté de rester dans les normes, de ne rien changer, de ne pas évoluer, parce que le changement fait trop peur, parce qu'ils sont tous conseravteurs? L'Art n'est t-il pas avant tout des sensations, avant tout des expériences, des changements, des expérimentations, des joies, des peines, des idées à faire passer? Un pied bien peint et bien dessiné est un élément qui peut servir au tableau, que le peintre peut utiliser pour faire passer ce qu'il veut, mais c'est juste un élément. Et si la facture change, si la forme change, c'est parce que nos siècles sont différents et évoluent. Nous n'avons pas les mêmes attentes, les besoins qu'au 18ème ou au 19ème siècle. Nous avons une société en changements constants, de plus en plus complexe et paradoxale, qui va mal! Alors l'art et ses formes vont avec. Les Artistes, les vrais, n'ont plus les mêmes combats, n'ont plus les mêmes déceptions, n'ont plus les mêmes rêves. Et tout cela prouve encore une fois que l'art est définitivement ancré dans un rêve d'idéal pr les artistes, l'art se nourrit d'idées constructives, l'art se nourrit de sentiments! Voilà tout ce que l'Académisme n'a pas.
Voici encore une autre preuve que je ne suis pas la seule à penser que l'Idée en elle-même est indispensable dans l'art : "La plus haute pensée exprimée par la forme la plus grandiose, tel doit être le guide infatigable de l'artiste." écrit Emile Bernard dans Connaissance de l'art. Mondrian et Malévitch ne sont-ils pas des exemples types correspondant à cette citation (dans l'art moderne)? "La plus haute pensée" : la pureté absolue, atteindre l'Idéal, le Néant, le paroxysme de la peinture, la recherche de la plus grande pureté, de l'infini! Et "La forme la plus grandiose" : l'abstraction, le blanc, le noir, des couleurs pures, des formes archi-simples, on arrive au bout, il faut recréer! Dur de recréer après ces deux énergumènes hein? (Cf Carré noir sur fond blanc ou Carré blanc sur fond blanc de Malévitch et toutes les Compositions de Mondrian.)
Je crois que j'ai dit pas mal de choses, je crois aussi que j'ai quelque fois dévié du sujet initial, mais c'est fait, voilà, tu comprendras ou pas ce que je ressens, je me suis exprimée, expliquée, on sera jamais d'accord de toute façon, je cherche pas à te convaincre, c'est juste histoire que tu saches précisément ce que je pense de tout ça, même si j'ai pas tout mis, parce que c'était super long!! J'aimerais bien savoir ce que M. Guillet pense de tout ça, pas toi? Avec qui il serait d'accord?
Bref, pour les neutres dans cette histoire, je répète que Alice et moi on s'adore dans la vie et que c'est un débat pacifique...sauf des fois quand Vincent s'en mêle parce qu'il m'énerve vraiment beaucoup beaucoup!!
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